Déjà 100 ans à construire le patrimoine statistique du Québec

L’année 2013 marque le 100e anniversaire de la première agence centrale de statistiques au Québec, le Bureau des statistiques de Québec (BSQ) qui a démarré officiellement ses activités le 11 novembre 1913. Le gouvernement québécois a été le premier au Canada à mettre sur pied un tel organisme.

Débuts modestes

C’est à Henri Bunle, jeune adjoint au directeur de la Statistique générale de la France, que le premier ministre Lomer Gouin confie la tâche de diriger les destinées du BSQ. Installé dans un hôtel aux abords du Château Frontenac, ce précurseur publie en mai 1914 le premier Annuaire statistique de Québec, une bible de 454 pages renfermant des données statistiques sur divers aspects du Québec d’alors. La publication de cet ouvrage se poursuit toujours, mais sous l’appellation Le Québec statistique depuis 1985. Appelé sous les drapeaux, Henri Bunle sera remplacé dès juin 1914 par Georges-Émile Marquis, premier directeur québécois, qui demeurera en poste durant 20 ans. Quinze autres titulaires lui succéderont par la suite à la tête de l’organisme.

Reflet de la société québécoise

Peu à peu, le BSQ entreprend de diversifier sa production en publiant, entre autres, des statistiques financières des caisses populaires ainsi que celles des corporations municipales et scolaires, judiciaires et agricoles. Dans l’édition de 1921, témoignant de son importance, Georges-Émile Marquis écrit que « l’Annuaire constitue le réservoir où l’on puisera plus tard pour écrire l’histoire économique de la province », notant au passage que toute l’évolution socioéconomique se retrouve dans ces pages. En 1930, par exemple, on donne le résultat de la campagne de rapatriement des Canadiens établis aux États-Unis. Cette même année, le BSQ est rattaché au département des Affaires municipales, après avoir été sous l’autorité du Secrétariat de la province depuis ses débuts.

Changement de tutelle et tentative de réforme

En juillet 1936, le gouvernement libéral décrète la centralisation de tous les services statistiques gouvernementaux au département de l’Industrie et du Commerce, avec le transfert de toutes les ressources. Ce projet de réforme avorte quand l’Union nationale prend le pouvoir en août 1936. Le second conflit mondial permet de constater que l’économie de guerre fait augmenter le volume des importations et des exportations québécoises, les dernières hausses à ce chapitre remontant aux années 1920. Un changement de tutelle affecte la vie du BSQ quand il passe sous l’égide du département de l’Industrie et du Commerce, en 1943, lequel le chapeautera jusqu’en 1981.

Consultant à la Commission royale d’enquête sur les problèmes constitutionnels

Le développement du BSQ s’accélère à compter des années 1940 : s’ajoutent entre autres la diffusion de statistiques sur l’enseignement, les pêcheries, les manufactures et les accidents de la route imputables aux automobiles. Au début des années 1950, son septième directeur, Jean-Charles McGee, suggère d’utiliser le concept de région économique dans la présentation des données plutôt que ceux de district électoral ou de comté municipal. Il obtient alors un consensus sur dix régions dont la configuration ressemble étrangement aux régions administratives actuelles. Un des faits marquants du BSQ à cette époque fut d’agir à titre de consultant à la Commission royale d’enquête sur les problèmes constitutionnels, en 1953, en y présentant notamment un mémoire intitulé La statistique et les problèmes constitutionnels.

Vers une coordination de la statistique provinciale

En 1959, trois jeunes économistes entrent en fonction afin de former un embryon de division de recherche. Alors que son règne s’achève en 1961, Jean-Charles McGee estime que le BSQ se dirige vers « une coordination de toute la statistique provinciale ». Il suggère une « politique de bonne entente » avec l’Administration publique et réclame minimalement un droit de regard sur les questionnaires d’enquête qu’utilisent les autres ministères.

Le Bureau entre dans la modernité

À partir de 1960, la fonction publique québécoise se modernise. On ne parle plus désormais de départements, mais de ministères. Le BSQ n’échappe pas à ce vent de renouveau; sa vieille loi de 1912 est abrogée. Il change de nom et voit son mandat redéfini en 1962, pour devenir le Bureau de la statistique du Québec (Bureau). S’il conserve toujours la mission de recueillir et de traiter des statistiques, l’organisme reçoit le pouvoir de conclure des ententes avec le gouvernement fédéral et ceux des autres provinces, en plus d’être autorisé à effectuer de la recherche statistique. Enfin, la nouvelle loi, nettement plus élaborée que la loi constitutive, contient des dispositions ayant trait au caractère confidentiel des renseignements.

L’essor se poursuit

Le Bureau s’enrichit également d’une section de l’échantillonnage, qui veille entre autres à structurer les enquêtes et à valider leurs résultats. Le Bureau entre vraiment dans la modernité sur le plan méthodologique. Fort d’une cure de rajeunissement, le Centre de la mécanographie coordonne désormais les opérations de compilations statistiques de l’ensemble de l’Administration publique. L’essor du Bureau se poursuit, avec la création d’une Division de la documentation et de l’information et la mise au point, en 1967, de son Modèle intersectoriel qui lui vaut une renommée internationale. Cet outil a permis d’évaluer l’impact économique de milliers de projets d’investissement à ce jour. Durant cette période, on lui confie également la responsabilité de l’administration du code géographique du Québec.

Partenariat avec Statistique Canada

À compter de 1972 s’installe un partenariat privilégié avec son homologue fédéral, Statistique Canada fondé en 1918. C’est à cette époque que s’institutionnalisent les conférences fédérales-provinciales sur la statistique. Depuis lors, le Bureau siège à divers conseils consultatifs où, à titre de coordonnateur statistique officiel pour le Québec, il défend les intérêts et fait valoir les besoins statistiques de la société et de l’administration publique québécoise.

Les rattachements administratifs

En 1976, le Bureau se dote d’un secrétariat général, puis l’année suivante, d’une Direction de la production statistique, chargée du déroulement de toutes les enquêtes. En mars 1982, deux unités administratives sont intégrées aux activités du Bureau pour une meilleure efficacité : la Direction générale de la planification de l’Office de planification et de développement du Québec (OPDQ) et la Direction de l’analyse et de la prévision économique du ministère de l’Industrie et du Commerce (MIC). Trois ans plus tard, le Registre de la population (devenu Registre des événements démographiques) est transféré du ministère des Affaires sociales au Bureau. En 1983, le gouvernement décrète que le Bureau relève dorénavant du ministre des Finances, un rattachement qui dure depuis 30 ans.

Une volonté de concertation

Invité par le Conseil du trésor à revoir ses orientations, le Bureau dépose son rapport en septembre 1975. Parmi les recommandations qu’un comité interministériel endosse pour la plupart, il est suggéré entre autres de donner au Bureau le statut d’agence centrale en lui confiant un triple rôle : un rôle de coordination entre les divers éléments du système statistique québécois, un rôle de coordination entre ce dernier et le système statistique canadien et un rôle de production plus actif. On propose aussi la création d’un mécanisme de coordination interministérielle des activités statistiques, ainsi que l’adoption d’une structure par fonction : enquête, intégration, analyse, diffusion et services techniques. De plus, on recommande d’assurer l’autonomie du bureau, de faciliter la signature d’accords avec les ministères et Statistique Canada, et de faire du Bureau le coordonnateur des opérations statistiques au sein de l’Administration publique.

La majeure partie des recommandations resteront cependant lettre morte jusqu’à ce qu’un nouveau groupe de travail se penche à son tour sur les orientations à donner au Bureau. Le rapport Gendreau sera déposé en mai 1982. Faisant état d’une consultation effectuée auprès des ministères et organismes gouvernementaux sur leurs activités en matière de collecte et d’analyse de statistiques et sur leurs attentes à l’égard du Bureau, le Comité reprend à son compte plusieurs propositions du rapport précédent. Il résume ainsi son diagnostic : « Le défi n’est donc pas de mettre en place des unités de production de statistiques et de recherche au sein de l’appareil gouvernemental, car celui-ci en est relativement bien pourvu. Il consiste plutôt, en s’appuyant sur les unités sectorielles existantes et sur l’unité centrale que constitue le Bureau, et en complémentarité avec les services fournis par Statistique Canada, à intégrer ces unités en un véritable système. » Le rapport met par ailleurs en lumière l’opportunité d’exploiter le potentiel des fichiers administratifs, tout en respectant le caractère confidentiel des données nominatives, et ce, afin de contenir les coûts des enquêtes et d’alléger le fardeau des répondants.

Les initiatives se multiplient

Bien que ces deux rapports n’aient pas donné lieu à une refonte de la loi du Bureau, le Bureau n’en a pas moins élargi sa programmation statistique depuis 1975, notamment avec l’intégration de trois nouvelles unités administratives au fil des années, répondant en cela à des besoins exprimés par l’Administration publique. Le Bureau multiple les initiatives pour doter le Québec de statistiques essentielles, par exemple, de nouvelles publications sur les comptes économiques, les investissements privés et publics, les institutions de dépôt et le commerce extérieur, les perspectives démographiques du Québec et la réalisation de portraits sur chacune des régions administratives. Parallèlement, certains indicateurs socioéconomiques sont aussi développés.

La coordination s’intensifie

À partir des années 1980, le Bureau intensifie ses activités en matière de coordination et de prestation de services aux ministères et organismes gouvernementaux. Notons au passage la mise en place de la Banque de statistiques du Québec (à laquelle adhère déjà un bon nombre de ministères et organismes), l’établissement d’une table de concertation des ministères et organismes, ainsi que la participation du Bureau à de grandes enquêtes sectorielles, notamment sur la santé des Québécois, financée par le ministère de la Santé et des Services sociaux. En vertu d’une modification à sa loi en 1987, le Bureau a dès lors la possibilité de facturer les coûts de certains services qu’il rend.

Au tournant des années 1990, fort d’une programmation variée, le Bureau est bien déterminé à satisfaire les besoins fondamentaux en matière de statistiques et favorise, à cette fin, l’harmonisation et la complémentarité de ses activités et de celles de ses partenaires, soit les ministères et organismes du Québec de même que Statistique Canada.

Création de l’Institut de la statistique du Québec et mandat

En 1999, l’organisation prendra un nouvel envol avec la création de l’Institut de la statistique du Québec, issu du regroupement du Bureau et de trois autres entités administratives à vocation statistique : l’Institut de recherche et d’information sur la rémunération, Santé Québec et la direction du ministère du Travail affectée à l’Enquête sur la rémunération globale. Le législateur visait un système statistique québécois décentralisé dans lequel les ministères et organismes produisent les statistiques nécessaires à leur mission et à la gestion de leurs programmes et politiques, et ce, pour une clientèle spécifique.

Au sein de l’appareil gouvernemental québécois, l’Institut est un organisme qui joue un rôle stratégique. En effet, en appui à la gouverne, il alimente le suivi d’indicateurs utiles aux ministères et aux organismes et il contribue aux activités de veille sur les politiques publiques. De plus, en appui à la recherche, de nombreuses publications et banques de données sont disponibles pour les chercheurs qui souhaitent, eux aussi, contribuer à l’avancement de la société québécoise. Enfin, l’Institut diffuse des données fiables et pertinentes sur la réalité québécoise afin que la population en général soit mieux informée et puisse ainsi prendre des décisions plus éclairées.

Depuis sa création, l’Institut assure la coordination entre Statistique Canada et l’Administration publique québécoise. À cet égard, il représente notamment les intérêts du Québec au sein du Conseil consultatif fédéral-provincial-territorial de la politique statistique. Il agit à titre de porte-parole du Québec auprès de Statistique Canada. À titre de coordonnateur statistique officiel pour le Québec, il favorise la participation active des ministères et organismes dans le but de constituer ensemble une base d’informations statistiques officielles de haute qualité. Ainsi, il conjugue les efforts afin d’informer adéquatement les différents acteurs de la société et de leur permettre d’échanger sur les enjeux et les défis auxquels le Québec doit faire face aujourd’hui et demain.

Des projets novateurs

Depuis le début des années 2000, les innovations et les réalisations se sont multipliées. Créé en 2000, l’Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ) s’est ajouté aux créneaux d’expertise de l’Institut. L’OCCQ est en relation constante avec les milieux culturels pour comprendre les besoins et livrer une information pertinente. Il s’agit d’une ressource essentielle pour ceux et celles qui sont à la recherche de statistiques sur la culture québécoise, notamment les arts de la scène, les musées, les livres, les bibliothèques, les arts visuels, la musique, les archives et le cinéma. L’Observatoire peut compter sur le soutien financier de six partenaires, incluant l’Institut.

Un guichet unique pour l’accès aux données

Soucieux de contribuer au développement de la recherche et de démocratiser l’information statistique, l’Institut a mis en place le Centre d’accès aux données de recherche (CADRISQ), un laboratoire sécurisé permettant de consulter ses banques de données sur place. Cette ferme volonté de favoriser la diffusion des connaissances s’est également traduit par le lancement, en 2007, de la plateforme EPSEBE (Environnement pour la promotion de la santé et du bien-être) permettant l’accès à distance sécurisé aux microdonnées de recherche, et ce, toujours dans le respect de la protection des renseignements personnels qu’il détient. Développée conjointement avec des chercheurs, cette infrastructure technologique, unique au Canada, est l’une des rares au monde.

Banque de données des statistiques officielles sur le Québec

Véritable pivot central du système statistique québécois, l’Institut se manifeste notamment par la coordination de la Banque de données des statistiques officielles sur le Québec (BDSO), l’un des plus importants consortiums de la fonction publique québécoise. Alimentée par vingt-huit (28) ministères et organismes publics et accessible à partir d’un portail central, mais aussi de chacun des sites Internet des partenaires, cette banque représente une avancée en matière de diffusion de la statistique sur le Québec et constitue l’outil par excellence pour assurer une gouvernance novatrice basée sur des statistiques cohérentes et crédibles. Les ministères et organismes partenaires ont convenu de coordonner leurs efforts pour s’assurer qu’il n’y a pas de chevauchement, que l’information produite est compatible, et qu’elle répond aux plus hauts standards internationaux. Un projet est en cours en 2013 pour moderniser le site de la BDSO afin de le rendre encore plus efficient pour les utilisateurs.

Intégration du programme des statistiques minières

En 2005, l’Institut a commencé la collecte des données relatives aux mines, carrières ou sablières au Québec. Les informations recueillies portent essentiellement sur des données comptables telles que les effectifs, la masse salariale, les quantités extraites et vendues, les sommes investies dans l’exploration, la mise en valeur ou l’aménagement du complexe minier, ainsi que les dépenses d’immobilisation ou de réparation. Il s’agit d’une enquête obligatoire dont les résultats sont transmis au ministère des Ressources naturelles, ainsi qu’à Ressources naturelles Canada et à Statistique Canada. De plus, l’enquête permet de mettre à jour le Répertoire des établissements miniers.

Appui pour le déploiement de la Stratégie de développement durable

En avril 2006, il y a eu modification de la Loi sur l’Institut de la statistique du Québec pour y ajouter un nouveau mandat relatif au développement durable, soit celui d’aider à l’élaboration et au suivi de la stratégie de développement durable du gouvernement du Québec, entre autres, en produisant les indicateurs de la stratégie établie par le ministère.

Les 10 ans de l’Institut soulignés

En 2009, l’Institut a fêté ses 10 ans d’existence. Tout au long de cette année de célébration, des activités rappelant l’importance de la statistique pour le public et les chercheurs ont été organisées. Les employés ont participé à une journée de reconnaissance et de consolidation d’équipe.

Portails d’information statistique

Plus récemment, l’Institut a mis en ligne un Portail sur le vieillissement de la population regroupant les statistiques qu’il produit lui-même sur le sujet, auxquelles s’ajouteront celles d’autres ministères et organismes sur cet enjeu important de la société québécoise. D’autres thématiques sont à l’étude, notamment la consolidation des statistiques sur l’enfance et la jeunesse ainsi que l’intégration des données statistiques sur l’immigration.

Quelques chiffres clés

L’Institut réalise chaque année en moyenne une cinquantaine d’enquêtes auprès de deux-cent-mille (200 000) citoyens et de trente-huit mille (38 000) entreprises québécoises. Il diffuse plus de cent (100) publications et des milliers de tableaux et de figures portant sur divers aspects de la société québécoise tels que la santé, la démographie, la culture et la communication, le travail, la rémunération, etc.

Son expertise est reconnue ici comme à l’étranger. Les spécialistes de l’Institut sont invités à présenter leurs travaux et prononcer des conférences dans le cadre de plusieurs colloques et congrès qui se déroulent annuellement. Parallèlement, l’Institut accueille régulièrement des délégations étrangères désireuses d’en connaître davantage sur son savoir-faire en matière d’enquêtes et de travaux statistiques.

Instauration du Comité sur l’information statistique pour le Québec

En 2011, l’Institut a mis sur place le Comité sur l’information statistique pour le Québec (CISQ), qui se veut un forum sur les besoins du Québec en information statistique d’intérêt général, relatifs à des sujets novateurs ou sensibles ou portant sur des thèmes multidimensionnels. Le CISQ a pour objectif de renforcer la concertation visant une meilleure gouvernance pour un système statistique public mieux intégré et plus complet. Il a également pour but la concertation sur les mécanismes et les outils communs de diffusion de l’information statistique pertinente et de qualité sur le Québec, incluant le recours aux données administratives à des fins statistiques, dans une perspective d’allégement du fardeau des participants aux enquêtes, c’est-à-dire les citoyens ou les entreprises.

Une longue tradition d’excellence qui se perpétue

En définitive, ces 100 dernières années auront permis à l’organisation de se démarquer et de se faire reconnaître une expertise de pointe, ainsi qu’une grande capacité d’adaptation et d’innovation. Aussi, à l’avenir, l’Institut entend demeurer à l’affût des besoins en statistiques de la société québécoise et ainsi contribuer à l’enrichissement des connaissances. Ce parcours centenaire se veut une belle occasion de saluer la détermination des dirigeants et des employés de l’Institut qui permettent au Québec de disposer, aujourd’hui, d’un patrimoine statistique de qualité, utile à la recherche, mais surtout, essentiel pour la gouverne.