22 juin 1960 Révolution tranquille
L’arrivée au pouvoir des libéraux, dirigés par Jean Lesage, marque le début de la Révolution tranquille, cette période intense de réformes accélérées, portée par un nouveau nationalisme québécois. Caractérisée par une volonté de " rattrapage " et de modernisation, elle provoque une transformation en profondeur de l’État, de ses institutions, de son personnel et de son rôle dans la société. Elle témoigne d’une conversion aux principes de l’État-providence et d’une volonté de promotion économique des francophones. Elle touche aussi l’éducation, avec sa réforme scolaire, ainsi que les secteurs de la santé et des services sociaux, y entraînant une décléricalisation rapide. Valorisant une nouvelle affirmation nationale, elle provoque une remise en question de l’équilibre des pouvoirs dans la fédération canadienne, ainsi qu’une présence accrue du Québec sur la scène internationale. La Révolution tranquille tient une place considérable dans l’imaginaire collectif et devient une référence incontournable dans l’histoire du Québec contemporain.
6 septembre 1960 Les insolences
Lancement de l’ouvrage Les insolences du frère untel, rédigé par un frère enseignant, Jean-Paul Desbiens. L’auteur y dénonce les faiblesses du système d’éducation au Québec. Il met aussi en lumière les insuffisances de la langue parlée qu’il qualifie de " joual ". Véritable succès d’édition, ce livre aura un retentissement considérable au moment où s’amorce la Révolution tranquille.
29 septembre 1960 CSN
La CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Plus qu’un changement de nom, ce geste marque la fin du processus de déconfessionnalisation amorcé dans l’après-guerre. Dès lors, la CSN se distingue par son militantisme et réussit à augmenter substantiellement le nombre de ses membres au cours des années 60, notamment dans le secteur de la fonction publique et parapublique.
15 décembre 1960 Assurance-hospitalisation
Par sa Loi instituant l’assurance-hospitalisation, le Québec adhère au programme à frais partagés lancé par le gouvernement fédéral en 1957. Cette mesure assure à la population un accès universel et gratuit aux soins hospitaliers de base. Jusque-là, la majorité des Québécois devaient payer pour obtenir ces soins, car seuls les indigents bénéficiaient (depuis 1921) de la gratuité.
13 février 1961 Télé-Métropole
L’entrée en ondes de la station Télé-Métropole, le canal 10, bouleverse le paysage télévisuel. Radio-Canada perd ainsi le monopole qu’elle exerçait sur ce nouveau média. Par la suite, Télé-Métropole prendra la tête d’un réseau privé, TVA.
24 mars 1961 Affaires culturelles
Le Québec crée un ministère des Affaires culturelles pour " favoriser l’épanouissement des arts et des lettres dans la province et de leur rayonnement à l’extérieur ". Cette décision, prise dans le contexte de la Révolution tranquille, indique la volonté du gouvernement Lesage d’attribuer à l’État québécois un rôle plus dynamique dans la société. Le niveau modeste des crédits accordés au nouveau ministère limite quelque peu sa capacité d’agir, mais à long terme sa présence a un impact important sur le développement des institutions culturelles.
24 mars 1961 Commission Parent
Création de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement, présidée par Mgr Alphonse-Marie Parent. C’est l’une des plus importantes commissions d’enquête de toute l’histoire du Québec. Elle est au cœur de la vaste réforme scolaire entreprise dans les années 60. Après une longue étude des problèmes, elle recommande notamment la création d’un ministère de l’Éducation, la modification du système scolaire afin d’offrir un cheminement unifié et intégré, la mise sur pied d’un niveau préuniversitaire (les futurs cégeps) et la modernisation des programmes d’enseignement.
5 octobre 1961 Le Québec à Paris
Jean Lesage inaugure la Maison du Québec à Paris qui loge la nouvelle Délégation générale, chargée de représenter les intérêts du Québec en France. Il existe déjà une délégation à New York, Londres aura la sienne en 1962 et d’autres s’ajouteront par la suite. Ces agences à l’étranger ont d’abord un rôle économique, mais on y ajoute bientôt, surtout à Paris, une mission de représentation culturelle, puis politique.
14 décembre 1961 Première femme élue
Claire Kirkland-Casgrain, candidate libérale, remporte les élections partielles dans la circonscription de Jacques-Cartier, en banlieue de Montréal. Elle est la première femme élue à l’Assemblée législative et sera aussi la première à accéder au Conseil des ministres. Elle laissera sa marque en présentant une loi qui mettra fin à l’incapacité juridique des femmes mariées (1964).
6 juillet 1962 SGF
Sanction de la Loi constituant la Société générale de financement du Québec, l’un des instruments économiques collectifs créés pendant la Révolution tranquille. La SGF a pour mission de contribuer au développement industriel du Québec en prenant des participations dans la propriété d’entreprises. Faisant d’abord appel à des capitaux publics et privés, elle est transformée en société d’État à part entière en 1972, alors que le gouvernement en devient l’unique actionnaire.
13 septembre 1962 Place Ville-Marie
Inauguration de la Place Ville-Marie, à Montréal. Dominé par sa célèbre tour cruciforme de 45 étages, ce complexe d’immeubles à bureaux marque une étape importante dans le développement du nouveau centre-ville de la métropole. Il est le premier d’une génération de grands ensembles immobiliers multifonctionnels. Avec sa galerie de boutiques et son couloir le reliant à la gare centrale et à un hôtel, il amorce la constitution de la ville souterraine.
22 février 1963 Nationalisation de l’électricité
Hydro-Québec transmet une offre d’achat aux actionnaires des grandes entreprises privées qui produisent ou distribuent de l’électricité au Québec. La nationalisation de l’électricité, proposée par le ministre René Lévesque, a été le thème dominant de la campagne électorale de 1962, que les libéraux de Jean Lesage ont menée avec le slogan " Maîtres chez nous ". Le 30 avril 1963, l’opération est réalisée et sera complétée plus tard pour la plupart des coopératives et des petits réseaux de distribution locaux. Désormais, Hydro-Québec sera le maître d’œuvre du développement et de la vente de l’électricité sur tout le territoire québécois. Seules les sociétés industrielles, telle Alcan, qui produisent l’électricité pour leurs propres besoins, ne sont pas étatisées.
6 mars 1963 FLQ
Fondation du Front de libération du Québec, un mouvement qui utilise l’action terroriste dans le but de faire progresser la cause de l’indépendance et du socialisme. Ses militants commettent un grand nombre d’attentats à la bombe. Leur action la plus spectaculaire, en 1970, provoquera la Crise d’octobre. Le FLQ disparaîtra en 1971.
19 juillet 1963 Commission Laurendeau-Dunton
Le gouvernement fédéral crée la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, coprésidée par André Laurendeau et Davidson Dunton, et dont les travaux se poursuivront jusqu’en 1969. Elle commande de nombreuses études dont certaines montrent l’ampleur de la position minoritaire et subordonnée des francophones dans l’économie du Québec. La Commission recommande que le gouvernement fédéral et les institutions qui en dépendent deviennent réellement bilingues et fournissent des services dans la langue de la minorité partout où la demande le justifie. Elle propose aussi la création de districts bilingues où les services à tous les niveaux seraient disponibles dans les deux langues.
16 novembre 1963 Cascades
La famille Lemaire, active dans la récupération, produit son premier échantillon de papier dans une vieille usine de Kingsey Falls. C’est le point de départ de la société Cascades, créée en 1964, qui deviendra une des grandes entreprises québécoises et une multinationale papetière.
19 mars 1964 Ministère de l’Éducation
S’appuyant sur une recommandation de la Commission Parent, le gouvernement Lesage crée le ministère de l’Éducation qui prend la relève du Conseil de l’Instruction publique (1875). La mesure provoque la résistance des évêques qui, après négociations, obtiennent de solides garanties quant au maintien du caractère confessionnel du système d’éducation. Au ministère s’ajoute un Conseil supérieur de l’Éducation.
15 juin 1964 Le Journal de Montréal
Profitant d’une grève à La Presse, Pierre Péladeau lance le premier numéro du Journal de Montréal, un quotidien populaire de format tabloïd mettant l’accent sur les sports et les faits divers. Il en fera la pierre angulaire d’un empire de presse et d’édition qui portera le nom de Quebecor. Dès 1967, la publication essaime dans la vieille capitale, avec la fondation du Journal de Québec, auquel s’ajouteront ensuite plusieurs autres quotidiens et hebdomadaires.
18 juin 1964 Droits de la femme mariée
Jusqu’en 1964, le Code civil du Québec maintenait une inégalité de droits entre les époux. La femme mariée y était traitée comme une mineure et ne pouvait signer un contrat ni faire quelque acte juridique que ce soit sans obtenir l’accord de son mari. La loi de 1964, connue sous le nom de " Bill 16 ", met fin à cette incapacité juridique et fait prévaloir le principe de l’égalité entre les époux.
22 juillet 1964 Code du travail
Adoption d’un nouveau Code du travail qui répond aux attentes du mouvement syndical. En plus de simplifier le processus de négociations, il accorde le droit de grève à certaines catégories de travailleurs des services publics, un droit qui sera étendu, l’année suivante, aux enseignants, puis aux employés de la Fonction publique.
15 février 1965 Drapeau du Canada
L’unifolié devient officiellement le drapeau du Canada, remplaçant le Red Enseign aux couleurs britanniques qui était utilisé de façon officieuse depuis longtemps. Son adoption fait l’objet de très longs débats aux Communes, en 1964, mais par la suite le nouveau drapeau devient rapidement populaire, surtout dans le Canada anglophone. Au Québec, sa diffusion est moins généralisée, compte tenu de la popularité du fleurdelisé. Là, les tensions dans les relations fédérales-provinciales s’expriment souvent dans ce qu’on appelle des " guerres de drapeaux ".
27 février 1965 Coopération France-Québec
Signature à Paris d’une entente de coopération entre la France et le Québec en matière d’éducation. Elle met en place un programme d’échanges et des mécanismes pour le gérer. C’est la première entente internationale signée par le Québec. Elle marque le point de départ d’un vaste mouvement de coopération et d’échanges avec la France qui s’intensifiera par la suite.
15 juillet 1965 Régime de rentes
Les régimes de retraite des employeurs, publics ou privés, ne touchant alors qu’une minorité de travailleurs, le gouvernement du Québec crée un Régime de rentes couvrant l’ensemble de la population. Il se distingue ainsi en mettant sur pied son propre programme, alors que les autres provinces adhèrent au Régime de pensions du Canada, proposé par le gouvernement fédéral. Le nouveau programme est administré par la Régie des rentes du Québec et ses fonds sont gérés par la Caisse de dépôt et placement du Québec, deux organismes créés simultanément.
15 juillet 1965 Caisse de dépôt
Création de la Caisse de dépôt et placement du Québec, dont la première tâche est de gérer et de faire fructifier les cotisations versées au Régime de rentes du Québec. Par la suite, le gouvernement lui confiera la gestion d’autres caisses de retraite. En quelques années, la Caisse devient le plus important fonds de retraite du Canada et un intervenant majeur sur les marchés financiers. Elle contribue aussi au développement économique du Québec en prenant des participations dans plusieurs entreprises québécoises et en investissant dans le secteur immobilier.
6 août 1965 Ville de Laval
Sanction de la loi créant la Ville de Laval qui fusionne les 14 municipalités de l’île Jésus. Depuis l’après-guerre, celles-ci avaient connu une expansion rapide causée par l’essor de l’automobile et le déplacement des Montréalais vers la banlieue. La fusion est perçue comme un moyen d’assurer un développement plus ordonné du territoire. Elle suscite toutefois des résistances et certaines des municipalités visées ont tenu des référendums au cours desquels leurs électeurs se sont fortement opposés aux annexions obligatoires. La nouvelle ville vient au second rang au Québec (après Montréal) quant à sa population.
6 août 1965 Fonction publique
La Loi de la fonction publique marque une étape importante dans la réalisation d’un des grands objectifs de la Révolution tranquille : doter l’État québécois d’un corps de fonctionnaires plus qualifiés, aux tâches mieux définies et dont le recrutement serait exempt de favoritisme politique. Une nouvelle Commission de la fonction publique est formée, et les fonctionnaires obtiennent le droit de grève.
11 mars 1966 Fédération des femmes du Québec
Émission des lettres patentes créant la Fédération des femmes du Québec dont le congrès de fondation a lieu le 23 avril suivant. Regroupant à la fois des membres individuelles et des associations, la fédération vise à coordonner leur travail d’action sociale. Au fil des ans, elle intervient régulièrement pour promouvoir la cause des femmes. Elle se distingue en organisant la marche " Du pain et des roses ", puis la " Marche mondiale des femmes de l’an 2000 ".
14 octobre 1966 Métro
Le métro de Montréal est mis en service. Desservant 26 stations, il parcourt 25 km. Des prolongements subséquents en portent la longueur totale à 66 km, avec 65 stations. De conception française, le métro roule sur pneumatiques. En l’an 2000, il a transporté 209 millions de voyageurs.
27 avril 1967 Expo 67
Inauguration de l’Exposition universelle et internationale de Montréal qui fermera ses portes le 29 octobre. Composée principalement de pavillons nationaux et de pavillons thématiques, elle présente aussi un vaste éventail de spectacles et d’activités culturelles. Attirant plus de 500 millions de visiteurs, Expo 67 connaît un succès considérable et marque de façon importante toute une génération de Québécois. Le maire Jean Drapeau cherchera à prolonger l’esprit de cette " Terre des Hommes " en maintenant sur le site une exposition annuelle pendant quelques années.
29 juin 1967 Cégeps
Loi créant les Collèges d’enseignement général et professionnel. Elle entraîne la disparition d’une institution pluriséculaire, le collège classique. Les cégeps offrent à la fois une formation générale de deux ans, préparatoire à l’université, et une formation professionnelle de trois ans, habituellement terminale.
23 juillet 1967 De Gaulle
Début de la visite officielle du général Charles de Gaulle, président de la République française. Le lendemain, il parcourt en automobile le chemin du roi, de la capitale à la métropole, puis, du balcon de l’hôtel de ville de Montréal, lance son célèbre " Vive le Québec libre ". Ce geste réjouit les indépendantistes, mais provoque l’ire des fédéralistes et la réprobation du gouvernement fédéral. De Gaulle décide alors d’écourter sa visite et de rentrer en France sans passer par Ottawa.
12 août 1967 Bibliothèque nationale
Création de la Bibliothèque nationale du Québec. Installée dans l’immeuble de la bibliothèque Saint-Sulpice, à Montréal, elle hérite de sa collection de livres et autres documents. La Bibliothèque nationale est appelée à jouer un rôle central dans la conservation du patrimoine imprimé du Québec.
16 août 1967 Immigration
Le gouvernement canadien présente sa nouvelle réglementation en matière d’immigration. Elle fait disparaître les derniers éléments de discrimination raciale ou ethnique qui avaient longtemps caractérisé la politique d’immigration et qu’on avait commencé à démanteler en 1962. Elle établit aussi un système uniforme de points pour la sélection des immigrants. À partir de ce moment, la composition ethnique des immigrants se transforme rapidement, avec une part croissante occupée par ceux qui viennent d’autres continents que l’Europe.
23 novembre 1967 États généraux
Début des assises nationales des États généraux du Canada français. Majoritaires, les délégués québécois font adopter la reconnaissance du Québec comme territoire national des Canadiens français. Ce faisant, ils rompent avec la conception du Canada français qui avait prévalu pendant un siècle. Par la suite, leurs homologues des autres provinces, dont les besoins et les objectifs ne coïncident plus avec les leurs, seront amenés à choisir une stratégie distincte, centrée sur la défense des minorités et s’appuyant sur le gouvernement fédéral.
20 décembre 1967 Pont Laviolette
Inauguration du pont qui franchit le Saint-Laurent, entre Trois-Rivières et Bécancour. Il sera appelé pont Laviolette, du nom du fondateur et premier commandant de Trois-Rivières.
25 mars 1968 Power
On annonce la fusion de Valeurs Trans-Canada, dirigée par Paul Desmarais, et de Power Corporation, présidée par Peter Thomson. C’est la première étape d’un processus qui permettra à Desmarais, étoile montante du milieu financier, d’obtenir le contrôle de Power. Il en fera une très grande entreprise, dont les filiales sont actives au Canada et à l’étranger.
26 septembre 1968 Manic 5
La cérémonie devant marquer le parachèvement du barrage de Manic 5 est perturbée par le décès, quelques heures auparavant, du premier ministre Daniel Johnson. Long de 1,3 km, cet ouvrage est le plus imposant du complexe de barrages et de centrales hydroélectriques aménagés sur les rivières Manicouagan et des Outardes. Réalisé dans l’atmosphère euphorique des années 60 et de la Révolution tranquille, ce grand projet prend valeur de symbole. Construit surtout par des ingénieurs et des travailleurs francophones, il devient source de fierté collective pour les Québécois. En 1969, le barrage sera nommé Daniel-Johnson, en hommage au premier ministre disparu.
5 novembre 1968 Ministère de l’Immigration
Le Québec crée son propre ministère de l’Immigration. La mesure, réclamée depuis un certain temps dans divers milieux, contraste avec l’apathie qui a longtemps caractérisé le gouvernement québécois en ce domaine. Le nouveau ministère a pour premier objectif de faciliter une meilleure intégration à la société francophone et, en 1970, il prendra la responsabilité des Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI) créés par le ministère de l’Éducation. Il envoie aussi à l’étranger des agents d’information pour renseigner les immigrants et pour attirer l’immigration francophone.
14 novembre 1968 Mariage civil
Une nouvelle loi institue le mariage civil au Québec. Jusque-là, tous les mariages devaient être célébrés par un prêtre catholique ou un ministre d’un autre culte qui tenaient les registres de l’état civil. Ceux-ci conservent leur pouvoir de célébrer des mariages religieux reconnus civilement, mais les couples peuvent désormais choisir de se marier au Palais de justice, devant le protonotaire ou son adjoint.
14 novembre 1968 Protecteur du citoyen
Inspiré par l’exemple scandinave de l’ombudsman, le gouvernement québécois fait adopter la Loi du Protecteur du citoyen. Jouissant d’une large autonomie, ce haut fonctionnaire a pour tâche d’étudier les plaintes des citoyens à l’endroit de l’administration et d’obtenir un redressement de la situation lorsque c’est nécessaire.
9 décembre 1968 Commission Gendron
Dans le contexte de la crise linguistique de Saint-Léonard, le gouvernement crée la Commission d’enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec. Présidée par Jean-Denis Gendron, elle dépose son rapport le 31 décembre 1972. Elle recommande que le français devienne " la langue commune des Québécois " et propose d’en accroître l’usage dans le monde du travail. Elle affirme aussi le droit du gouvernement de légiférer en matière de langue d’enseignement.
18 décembre 1968 Assemblée nationale
L’Assemblée législative porte désormais un nouveau nom, celui d’Assemblée nationale du Québec. De plus, la loi abolit le Conseil législatif, la Chambre haute du Québec, qui existait depuis 1867 et dont les racines historiques remontaient à la création des institutions parlementaires en sol québécois.
18 décembre 1968 Université du Québec
La création de l’Université du Québec répond à un double besoin : celui d’ouvrir une seconde université de langue française à Montréal et celui d’offrir des services universitaires en région. Organisée en réseau, sur le modèle des universités publiques de plusieurs états américains, elle établit des constituantes locales à Montréal, Trois-Rivières, Chicoutimi et Rimouski, puis en Abitibi-Témiscamingue et à Hull. Elle englobe aussi des instituts de recherche et des écoles spécialisées. Sa constituante la plus importante est l’Université du Québec à Montréal (UQAM) qui, depuis 1989, a un statut d’université associée qui lui confère plus d’autonomie.
28 mars 1969 McGill français
Une manifestation spectaculaire est organisée devant l’Université McGill, à Montréal, par des militants indépendantistes et syndicaux. Brandissant le slogan " McGill français ", les manifestants réclament à la fois la création d’une seconde université de langue française dans la métropole et une francisation accrue de l’Université McGill.
9 juillet 1969 Langues officielles du Canada
La Loi sur les langues officielles établit la politique linguistique du gouvernement fédéral, dirigé par Pierre Elliott Trudeau. Elle affirme que " l’anglais et le français sont les langues officielles du Canada pour tout ce qui relève du Parlement et du Gouvernement du Canada " et qu’elles y " ont un statut, des droits et des privilèges égaux ". La loi repose sur la reconnaissance du droit individuel des citoyens de recevoir des services dans leur langue, partout au Canada, quand le nombre le justifie. Elle crée un poste de Commissaire aux langues officielles, responsable de veiller au respect de la loi.
10 septembre 1969 Émeute à Saint-Léonard
Depuis 1967, la question de la langue d’enseignement pour les enfants allophones divise la communauté de Saint-Léonard, une ville de la banlieue montréalaise. Des parents francophones réclament l’enseignement obligatoire en français, tandis que des parents d’origine italienne, appuyés par des anglophones, défendent le libre choix entre l’anglais et le français. Les premiers forment le Mouvement pour l’intégration scolaire (MIS), tandis que les seconds mettent sur pied la Saint Leonard English Catholic Association of Parents. En septembre 1969, le MIS organise une série de manifestations à Saint-Léonard. Elles entraînent des confrontations qui conduisent le maire de la ville à proclamer la Loi de l’émeute. Les événements de Saint-Léonard marquent le début de ce qui a été appelé " la bataille linguistique ". Celle-ci touchera l’ensemble du Québec et forcera plusieurs gouvernements successifs à légiférer.
28 novembre 1969 Loi 63
Le gouvernement unioniste de Jean-Jacques Bertrand fait adopter la Loi pour promouvoir la langue française au Québec (connue comme la loi 63). C’est la première d’une série de lois linguistiques qui jalonnent le dernier tiers du 20e siècle. Elle vise à régler la crise linguistique de Saint-Léonard. La loi consacre la liberté des parents de choisir entre le français et l’anglais comme langue d’enseignement pour leurs enfants. Elle prévoit aussi que tous les enfants inscrits à l’école anglaise devront acquérir une connaissance d’usage du français. Plutôt que d’apaiser les tensions linguistiques, l’adoption de cette loi stimule le militantisme des partisans d’un Québec français.
12 décembre 1969 Aide sociale
La Loi de l’aide sociale transforme en profondeur l’assistance aux personnes dans le besoin. D’abord, elle prend la relève de tous les programmes spécialisés mis en place depuis l’établissement de l’assistance publique, en 1921. Surtout, elle établit un régime d’aide modulée selon les ressources et les besoins des bénéficiaires et selon leur situation familiale.
20 mars 1970 Agence de coopération
Création officielle, à Niamey, de l’Agence de coopération culturelle et technique des pays francophones, dont le principe avait été adopté l’année précédente. Le Québec y aura le statut de gouvernement participant, selon des modalités qui feront l’objet d’une entente avec le gouvernement canadien en 1971. L’ACCT deviendra éventuellement l’Agence de la Francophonie.
17 juillet 1970 Assurance maladie
La Loi de l’assurance maladie établit un régime universel d’accès gratuit aux soins de santé. L’année précédente, le gouvernement québécois avait créé la Régie de l’assurance maladie en lui donnant le mandat de préparer la mise en place du régime, puis de l’administrer. Le gouvernement fédéral contribue partiellement au financement, de même que les particuliers et les employeurs. En juillet 1970, les bénéficiaires commencent à recevoir leur carte d’assurance-maladie, et le régime entre en vigueur le 1er novembre de la même année.
5 octobre 1970 Crise d’octobre
Le diplomate James Richard Cross est enlevé par une cellule du Front de libération du Québec qui exige la libération des prisonniers politiques et la diffusion de son manifeste. Le 10 octobre, le ministre Pierre Laporte est à son tour enlevé par une autre cellule du FLQ et sera tué le 17. Il en résulte une crise politique sans précédent. Le gouvernement Bourassa est dépassé par les événements et son homologue fédéral applique la Loi des mesures de guerre. L’armée s’installe dans les rues de Montréal et plus de 450 personnes sont arrêtées; la plupart seront ensuite relâchées. La crise se termine le 3 décembre, quand M. Cross est libéré.
7 novembre 1970 Pont Pierre-Laporte
Inauguration d’un nouveau pont autoroutier reliant Québec à la rive sud, sur le Saint-Laurent. Le toponyme initialement prévu — pont Frontenac — est remplacé par celui de pont Pierre-Laporte, en hommage au ministre décédé pendant la Crise d’octobre.
30 avril 1971 Baie James
Le premier ministre Robert Bourassa annonce " le projet du siècle " : l’aménagement hydroélectrique des rivières du bassin de la baie James. Le projet amènera le harnachement des rivières La Grande et Eastmain et la construction de plusieurs centrales. Sa réalisation est entravée par des conflits syndicaux qui provoquent le " saccage de la baie James " en 1974. Le développement envisagé suscite aussi le mécontentement des Autochtones avec qui le gouvernement devra négocier une entente, la convention de la baie James, conclue en 1975. Les travaux, d’une envergure exceptionnelle, s’étendent sur plusieurs années et la première centrale, celle de LG 2, est inaugurée le 25 octobre 1979.
23 juin 1971 Charte de Victoria
Robert Bourassa annonce que le Québec ne peut accepter la Charte de Victoria, un projet de réforme et de rapatriement de la constitution canadienne auquel les premiers ministres fédéral et provinciaux ont donné leur accord une semaine plus tôt. Ce projet suscite un tollé de protestations au Québec, dont les demandes concernant la décentralisation et les politiques sociales n’ont pas été satisfaites, ce qui entraîne le premier ministre à lui retirer son appui.
29 juin 1971 Petites créances
La Loi favorisant l’accès à la justice établit une Cour des petites créances qui jugera toutes les causes relatives à des créances inférieures à 300 $ (ce montant sera augmenté à quelques reprises par la suite). Les procédures sont simplifiées, sans recours à des avocats, et les frais exigés sont à la fois fixes et peu élevés. Cette loi vient soulager les petits contribuables qui, jusque-là, devaient acquitter des frais judiciaires substantiels pour des dettes de faible valeur.
14 juillet 1971 Protection du consommateur
La Loi de protection du consommateur vise à encadrer les droits et les devoirs des consommateurs et des commerçants qui signent des contrats de crédit ou de prêt. Son application est confiée à un nouvel Office de protection du consommateur qui s’occupe aussi d’éducation à la consommation, notamment par son magazine Protégez-vous.
24 décembre 1971 CLSC
La Loi sur les services de santé et les services sociaux réorganise tout le système de prestations des soins et des services au Québec. Sa principale nouveauté est la création de Centres locaux de services communautaires (CLSC). Ceux-ci sont conçus comme la porte d’entrée du système, à la fois pour les soins de santé et les services sociaux. L’implantation des CLSC sur tout le territoire prendra quelques années et se heurtera parfois à des résistances.
11 avril 1972 Grève du Front commun
Les trois grandes centrales syndicales s’associent en un Front commun pour négocier les conventions collectives dans les secteurs public et parapublic. La grève générale est déclenchée le 11 avril 1972. Le 21, une loi spéciale ordonne le retour au travail, mais les présidents des trois centrales recommandent de défier la loi et les injonctions, et ils seront condamnés à un an de prison. À la fin des négociations, les syndiqués obtiennent que leur principale revendication — un salaire minimum de 100 $ par semaine — soit satisfaite.
22 mai 1972 CSD
Des dirigeants syndicaux de la CSN, insatisfaits de la radicalisation de leur centrale, décident d’en fonder une nouvelle, la Centrale des syndicats démocratiques. Celle-ci rassemble alors surtout des ouvriers des secteurs traditionnels de l’industrie manufacturière (vêtement, textile, métallurgie) et de la construction, principalement dans les PME installées en région.
8 juillet 1972 Aide juridique
La Loi de l’aide juridique permet aux personnes économiquement défavorisées d’obtenir gratuitement les services d’un avocat pour les représenter devant les tribunaux. Les frais de ce programme d’aide sont payés par l’État québécois qui crée une Commission des services juridiques pour administrer la loi.
6 juillet 1973 Conseil du statut de la femme
Création du Conseil du statut de la femme. Organisme consultatif, il mène des enquêtes et donne des avis au gouvernement sur des questions relatives à l’égalité et au respect des droits et du statut de la femme. Sa création témoigne de la vigueur du mouvement de revendications des droits des femmes au début des années 1970. En 1978, le Conseil produit un rapport important, Pour les Québécoises : égalité et indépendance.
31 juillet 1974 Loi 22
Le gouvernement de Robert Bourassa fait adopter la Loi sur la langue officielle (connue comme la loi 22). Celle-ci affirme que " le français est la langue officielle du Québec ". Elle contient des mesures pour accroître la francisation des lieux de travail et des communications internes dans les entreprises. Elle restreint l’accès à l’école anglaise pour les allophones en imposant des tests linguistiques aux enfants. Elle crée aussi une Régie de la langue française. Perçue comme insuffisante par un grand nombre de nationalistes francophones et comme discriminatoire par la majorité des anglophones et des allophones, la loi 22 relance la bataille linguistique.
24 août 1974 Université Concordia
Création de l’Université Concordia, résultat de la fusion de deux établissements montréalais : le collège Loyola, fondé par les jésuites en 1899 pour desservir les catholiques anglophones, et l’Université Sir George Williams, d’abord créée par la Young Men’s Christian Association pour offrir des cours aux adultes et qui a obtenu son statut universitaire en 1959. C’est la seconde université de langue anglaise à Montréal, après McGill (1821).
19 janvier 1975 Radio-Québec
Un nouveau réseau de télévision, Radio-Québec, entre en ondes avec ses propres stations. Depuis 1968, Radio-Québec produisait des émissions diffusées par d’autres réseaux ou grâce à la cablodistribution. Propriété de l’État québécois, Radio-Québec a une mission éducative et culturelle. En 1996, son nom est changé pour celui de Télé-Québec.
27 juin 1975 Charte des droits
Sanction de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. Cette loi fondamentale a préséance sur les autres lois, bien que l’Assemblée nationale puisse y déroger à certaines conditions. Elle garantit à tous les Québécois et les Québécoises un certain nombre de droits fondamentaux et interdit la discrimination à leur égard. Une Commission des droits de la personne veille au respect de la Charte et examine les plaintes pour discrimination.
4 octobre 1975 Aéroport de Mirabel
Inauguration de l’aéroport de Mirabel. La décision des autorités fédérales de construire un second aéroport international à Montréal alimente une querelle au sujet du site. Le gouvernement du Québec le voudrait sur la rive Sud, mais en 1969, le gouvernement fédéral en choisit plutôt un au nord de Montréal. Il exproprie une quantité considérable de terres agricoles, provoquant un mouvement de contestation qui se prolongera pendant plusieurs années. L’aéroport reçoit les vols internationaux (sauf pour les États-Unis) réguliers et nolisés. En 1997, les vols internationaux réguliers sont rapatriés à Dorval, ce qui ne laisse à Mirabel que les vols nolisés.
11 novembre 1975 Convention de la Baie-James
Signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois entre, d’une part, les Cris et les Inuit et, d’autre part, les gouvernements du Québec et du Canada. Négociée à la suite de la contestation judiciaire du projet hydroélectrique de la baie James, elle marque une étape importante dans la reconnaissance des droits des Autochtones. La Convention définit leurs droits territoriaux et leur garantit le versement d’une indemnité de 225 millions de dollars. Elle leur assure aussi une certaine mesure d’autonomie gouvernementale, ainsi que des programmes de développement économique et communautaire.
17 juillet 1976 Jeux Olympiques
Début, à Montréal, des Jeux de la XXIe Olympiade qui prendront fin le 1er août. Leur organisation s’est faite dans la controverse à cause de la hausse vertigineuse des coûts de construction des installations, notamment du stade olympique. La dette considérable qui en résulte n’est pas encore éteinte à la fin du 20e siècle. Les Jeux eux-mêmes sont un succès et sont marqués par la performance de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, " la reine du stade ".
26 août 1977 Loi 101
Le gouvernement de René Lévesque fait adopter la Charte de la langue française (connue comme la loi 101). Celle-ci accentue la politique de francisation du Québec déjà amorcée par les lois linguistiques antérieures. Elle limite l’accès à l’école anglaise aux seuls enfants dont un des parents a fait ses études primaires en anglais au Québec. Elle impose l’usage exclusif du français dans l’affichage. Elle étend et rend plus coercitive l’exigence de francisation des entreprises apparue dans la loi 22. Des décisions judiciaires viendront plus tard invalider ou atténuer la portée de certaines de ces mesures, mais la Charte a un impact considérable sur le statut du français au Québec.
20 février 1978 Accord Cullen-Couture
L’accord signé par les ministres fédéral et provincial de l’Immigration (Bud Cullen et Jacques Couture) succède à des ententes plus limitées signées en 1971 et 1975. Il accorde au Québec une participation au processus de sélection des immigrants. Il lui assure aussi une meilleure emprise sur son immigration, depuis le choix des candidats jusqu’à leur adaptation à la société d’accueil.
22 décembre 1978 Zonage agricole
La Loi de protection du territoire agricole répond aux inquiétudes provoquées par la diminution constante des terres consacrées à l’agriculture sous la pression de l’urbanisation. Elle crée une Commission qui sera responsable du zonage du territoire et qui se prononcera sur tout projet de conversion de terres à un usage autre que l’agriculture.
22 juin 1979 Épargne-actions
La Loi sur les régimes d’épargne-actions est sanctionnée. Elle accorde un crédit d’impôt aux particuliers qui achètent de nouvelles actions d’entreprises québécoises cotées en bourse. Ce régime favorise une meilleure capitalisation de plusieurs jeunes entreprises québécoises, souvent de taille modeste. Il conduit parfois à des abus auxquels la chute des valeurs boursières de 1987 mettra fin.
29 juin 1979 Banque Nationale
On annonce la fusion de la Banque Canadienne Nationale et de la Banque Provinciale pour former la Banque Nationale du Canada. Tout comme ses deux composantes, la nouvelle entreprise a une direction francophone et son siège social est établi à Montréal. La fusion est entérinée par les actionnaires le 4 septembre de la même année.
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