
En regardant
la télévision ou en écoutant la radio, on
entend souvent les animateurs dire qu’« ils
sont en période de sondage », qu’« ils
attendent avec impatience le résultat des cotes d’écoute
des émissions », qu’« ils ont
festoyé très tard la veille, parce que c’était
le dévoilement des résultats des sondages BBM ».
T’es-tu déjà demandé comment on s’y
prenait pour évaluer quelles émissions de télévision
les gens regardent ou quelles stations de radio ils écoutent?
Zacharie et moi, on voulait en savoir plus sur le sujet. Alors,
on est allés rencontrer M. Robert Langlois, vice-président
de la firme de sondage BBM. Par la suite, afin de mieux comprendre
l’utilité de ces sondages pour les gens de la radio
et de la télévision, on a rendu visite à
Mme Johanne Cloutier, productrice déléguée
de la radio Énergie 94,3, ainsi qu’à Mme Marie
Comtois, directrice des canaux spécialisés et de
la recherche de TVA ventes et marketing inc. Ce fut une très,
très belle journée…
Juin
2004

6
h – Gare d’autocars de Sainte-Foy
Marion, je ne peux pas croire que je me suis levé à
4 h 30 ce matin! Moi, un ado normal et sain d’esprit! J’ai
même inquiété ma mère! Elle s’est
levée trois fois pour me demander si tout allait bien!
si je n’étais pas malade!
Zacharie! Zacharie! Arrête, tu vas me faire pleurer! Il
y a des choses pires qu’un ado qui s’est levé
tôt un matin! Tu auras juste à faire un petit somme
dans l’autocar tout à l’heure. De toute façon,
tu auras tout le temps. Le trajet dure presque trois heures.
Au moins, il fait beau! Ah! Regarde Marion, l’autocar arrive!
8
h 50 – Arrivée au terminus d’autocars de Montréal
Marion, le premier rendez-vous est à quel endroit, au juste?
On est attendus chez BBM à 9 h 30 et les bureaux sont situés
sur la rue Peel, près de la rue Sherbrooke. On rencontre
le vice-président, M. Langlois.
On
est mieux de prendre un taxi, ça va être plus rapide!
O.K.
9
h 15 –
On arrive chez BBM. En entrant dans
les locaux, on est frappés par la centaine de rapports
entassés dans des bibliothèques placées de
chaque côté du couloir. M. Langlois nous reçoit
dans une grande salle de réunion.
R.L.
Bonjour, Marion et Zacharie! Ça me fait plaisir de vous
accueillir dans les locaux de BBM. Comme ça, vous vous
intéressez aux mesures de l’auditoire! Je vais faire
de mon mieux pour répondre à vos questions le plus
clairement possible. Quand vous êtes prêts, on peut
commencer.
O.K. On commence. J’ai trouvé mes questions. Premièrement,
je voudrais savoir ce que veut dire l’abréviation
BBM?
R.L.
BBM représente la première lettre de chaque mot
constituant le nom d’origine de l’organisme lors de
sa création en 1944, soit « Bureau of Broadcast Measurement ». Au fil des ans, compte tenu de la nature changeante de
l’industrie de la diffusion, l’organisme a changé
de nom et, maintenant, on le connaît sous l’appellation
BBM Canada, en anglais, et Sondages BBM, en français.
Qu’est-ce que Sondages BBM?
R.L.
Sondages BBM est un organisme canadien de recherche sans but lucratif.
Il est la propriété des stations de radio, des stations
de télévision, des annonceurs et de leurs agences
de publicité. Le principal mandat de Sondages BBM est de
procéder à des sondages sur l’écoute
de la radio et de la télévision dans le but de produire
des données de cotes d’écoute d’auditoire.
Depuis quand fait-on des sondages
BBM?
R.L.
En fait, on produit des sondages radio depuis 1944 et des sondages
télé depuis 1952. D’ailleurs, c’est
l’année où la Société Radio-Canada
a mis en ondes CBFT, le canal 2. C‘était la première
station de télévision au Québec.
Quelle est l’utilité
de sonder l’auditoire?
R.L.
: Les sondages sont nécessaires aux diffuseurs pour élaborer
leur programmation, que ce soit pour les émissions ou pour
la musique; ça leur permet de vous offrir ce que vous désirez
voir ou entendre. De plus, compte tenu que certaines questions
sont liées aux habitudes de consommation des auditeurs,
les annonceurs analysent ces dernières afin de déterminer
leur clientèle cible.
Les sondages sont également
intéressants pour le public. C’est un moyen de dire
aux décideurs si les choix qu’ils font lui conviennent.
Si presque personne n’écoute une émission
de télévision ou de radio, le décideur doit
comprendre que la clientèle n’est pas satisfaite
des choix qu’il a faits, et il doit réajuster sa
programmation en fonction des besoins exprimés par l’auditoire.
Est-ce que vous faites les sondages pour la télévision
et pour la radio de la même façon?
R.L.
: Dans les deux cas, on utilise des cahiers d’écoute.
Par contre, pour la télévision, on a un outil de
plus : l’audimètre. En ce moment, on est en période
de transition puisque le système d’audimétrie
électronique utilisé depuis quelques années
va être remplacé à temps pour la saison télévisuelle
2004-2005 par l’audimètre portable (PPM).

Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement
de tous ces outils?
R.L.
Bien sûr! En ce qui concerne les cahiers d’écoute,
chacun des ménages ayant accepté de participer au
sondage reçoit un cahier par la poste. Les ménages
qui répondent au sondage télé reçoivent
un cahier d’écoute par téléviseur,
et on demande à chacun des membres du foyer d’inscrire
son écoute dans chacun des cahiers. En ce qui a trait à
la radio, le principe est légèrement différent
puisque chaque membre du foyer possède son propre carnet
d’écoute. Dans les deux cas, afin de s’assurer
que chaque membre du foyer inscrit correctement son écoute,
on demande à un membre du foyer d’agir comme personne-ressource
pour Sondages BBM.
En ce qui concerne l’audimétrie,
l’audimètre électronique était jusqu’à
tout récemment utilisé pour les sondages télé.
Ces audimètres devaient être installés dans
les foyers par un technicien de Sondages BBM. Chaque téléviseur
et chaque magnétoscope du ménage faisant partie
du panel audimétrique étaient reliés à
un audimètre. Ce dernier avait pour fonction de recueillir
l’écoute de la station de télévision
syntonisée. Pour savoir qui regardait chaque émission,
les audimètres étaient accompagnés d’une
télécommande. Tous les membres de la famille se
voyaient attribuer un bouton sur la télécommande
qu’ils devaient activer et désactiver en fonction
de leur présence devant le téléviseur. La
nuit venue, les renseignements contenus dans les audimètres
étaient transférés directement à Sondages
BBM par la ligne téléphonique du foyer.
Quant à l’audimètre
portable (PPM), son fonctionnement diffère totalement de
celui de l’audimètre électronique. L’audimètre
PPM n’est pas plus grand qu’un téléavertisseur.
Il permet d’enregistrer l’écoute de la personne
qui le porte, peu importe l’endroit où elle se trouve.
Il fonctionne en détectant un code d’identification
préalablement intégré dans la portion audio
des transmissions. Ce qui est intéressant, c’est
que la personne qui utilise un tel appareil n’a presque
rien à faire, sauf de penser à le porter dès
le matin et à le replacer sur son chargeur le soir venu.
Tout comme dans le cas de l’audimètre électronique,
les données enregistrées nous sont transmises à
l’aide d’un modem téléphonique durant
la nuit.
Que faites-vous avec les données
qui sont recueillies?
R.L.
: Plusieurs choses!!! Tout d’abord, après chacun
des sondages, il y a toujours des rapports de base qui sont disponibles.
Ces rapports sont adaptés aux besoins des membres selon
qu’ils évoluent dans l’univers de la télévision
ou dans celui de la radio. Cela explique, principalement, que
les produits offerts diffèrent légèrement
de l’un à l’autre. Par exemple, pour ce qui
est de la télévision, on publie des rapports de
marché, des rapports de portée ainsi que des rapports
de portée avec sociodémographie spéciale,
tandis que, dans le cas de la radio, on parle de rapports de marché
et de rapports régionaux, de rapports de portée
par marché central et de rapport de portée par comté.
Afin de combler leurs besoins
particuliers, les membres peuvent également passer des
commandes spéciales qu’on ajoute à leur rapport
de base. Moyennant versement de leur cotisation annuelle, les
membres reçoivent gratuitement une série de guides
complémentaires aux produits de base. Sondages BBM leur
offre également différents logiciels d’exploitation
qui leur permettent d’extraire, de traiter, d’analyser,
de personnaliser des données provenant de nos banques de
données informatisées.
Est-ce que vous produisez des données
en dehors des périodes de sondage?
R.L.
: Sondages BBM produit des données quotidiennes mais uniquement
pour la télévision. Ces données proviennent
du panel audimétrique. Les membres de Sondages BBM peuvent
les télécharger à partir de notre site Internet
sécurisé et les traiter à l’aide des
logiciels dont je viens de faire mention. Les données disponibles
comprennent, entre autres, des données sur l’auditoire
en fonction des heures d’écoute.
Quand les sondages ont-ils lieu?
R.L.
: De 1944 à 1955, les sondages sont passés graduellement
d’une fois tous les deux ans à une fois par année.
En 1956, la fréquence a augmenté à deux fois
par année. Et maintenant, les sondages avec les cahiers
d’écoute sont réalisés trois fois par
année, soit au printemps, à l’été
et à l’automne, alors que ceux qui sont menés
à l’aide des audimètres ont une fréquence
quotidienne.
Comment sont sélectionnés
les gens qui participent à vos sondages?
R.L.
En général, les ménages sont choisis au hasard
à partir de listes informatisées de numéros
de téléphone tirés des plus récents
annuaires. Ces listes nous viennent de plusieurs fournisseurs.
Il nous arrive également d’utiliser l’ordinateur
pour générer de nouveaux numéros à
partir de ces listes téléphoniques. Ces numéros
peuvent être confidentiels, ce qui explique qu’un
ménage peut être contacté même si son
numéro de téléphone n’est pas publié!
En ce qui concerne les panels
audimétriques, on procède un peu différemment.
Les ménages sélectionnés doivent répondre
préalablement à un sondage téléphonique.
Ensuite, en se basant sur les réponses fournies, on sélectionne
un certain nombre de ménages représentatifs de l’ensemble
de la population.
Quelle est la taille de l’échantillon
lors d’un sondage BBM au Québec?
R.L.
Parmi les trois périodes de sondage qu’on tient,
la plus importante est celle de l’automne. Durant cette
plage, il y a environ 21 000 personnes qui répondent chaque
semaine au sondage radio, 18 000 au sondage télé
par cahier d’écoute et 600 foyers qui font partie
du panel audimétrique. Dans l’ensemble du Canada,
Sondages BBM examine les habitudes d’écoute d’environ
85 000 personnes. Ça fait, croyez-moi, beaucoup de renseignements
à traiter!
Comment se fait le découpage
des zones géographiques sondées par BBM?
R.L.
En premier lieu, il faut savoir que les antennes des stations
de radio émettent moins loin que celles des réseaux
de télévision. Il est donc normal que le territoire
des sondages radio soit plus stratifié, plus morcelé
que celui des sondages télé. Chez BBM, les concepteurs
des sondages définissent les différents territoires
d’étude à l’aide des données
sur les subdivisions de recensement (SDR) du Recensement de la
population de Statistique Canada, ainsi que des données
de la Société canadienne des postes. Ce qui est
important pour nous, c’est de nous assurer que la couverture
géographique permet la représentation maximale des
marchés cibles.
En terminant, quelle formation possèdent
les gens qui travaillent pour une firme de sondage telle que Sondages
BBM?
R.L.
Les gens qui travaillent pour nous possèdent les qualifications
les plus variées. Tout d’abord, on a des techniciens
en sondage et des spécialistes de la recherche, mais également
des gens qui ont une formation en administration, en marketing,
en communication et, naturellement, en statistique. On s’entend,
ce n’est pas tout le personnel de Sondages BBM qui a besoin
de connaître la statistique. Prenons, par exemple, la personne
qui travaille à l’envoi des cahiers d’écoute;
je ne crois pas qu’elle ait vraiment besoin des « stats » pour effectuer son travail correctement! Par contre,
en ce qui concerne le personnel affecté à la conception
des sondages, au traitement des données, à la pondération
des échantillons et à l'analyse, il est essentiel
d’avoir une base dans le domaine, notamment en méthodologie
d’enquête.
Je crois qu’on a fait le tour de la question. On vous remercie
beaucoup d’avoir accepté de nous éclairer
sur le sujet.
R.L.
: Si vous aviez besoin de plus amples renseignements sur nos services,
je vous invite à visiter notre site Web à l’adresse
suivante : www.bbm.ca . Je crois,
Zacharie, que tu en as fait mention tout à l’heure!
Effectivement, j’y suis déjà allé pour
fureter! Il y a beaucoup de renseignements très intéressants.

13
h 30 – Arrivée à Énergie 94,3
Il y a plein de monde qui circule
partout. Ça rentre et ça sort sans cesse de la station!
Ouf! C’est assez pour nous donner le tournis!
Viens-t’en Zack,
la
réceptionniste nous fait signe qu’on peut monter
au bureau de madame Cloutier.
J.C.
: Bonjour, les jeunes! Bienvenue dans les studios de Radio Énergie.
Merci!
J.C.
: Si j’ai bien compris, lors de notre conversation téléphonique,
vous vous intéressez aux sondages de l’auditoire
et à l’utilisation qu’on en fait dans le quotidien.
C’est ça! On a une série de questions sur
le sujet qu’on aimerait vous poser.
J.C.
: Pas de problème! Je suis prête!
On commence! Avec quelle firme faites-vous
affaire pour les sondages?
J.C.
: Pour les sondages de l’auditoire, on fait affaire avec
Sondages BBM. D’ailleurs, on est membre de la coopérative.
Toutefois, pour certains sondages particuliers, comme des sondages
d’opinion ou de recherche en marketing, on retient les services
de la firme CROP.
Que
faites-vous avec les données des Sondages BBM?
J.C.
: On a un département de recherche qui analyse en détail
les résultats tant des BBM que des autres sondages. Les
données qui sont fournies par Sondages BBM sont très
détaillées. On reçoit les habitudes d’écoute
par sexe et par groupe d’âge, alors il est facile
de savoir qui nous écoute : les hommes ou les femmes, leur
âge, à quelle heure, pendant combien de temps, etc.
Notre clientèle cible étant celle des 18 à
34 ans, si l’on s’aperçoit qu’on est
en train de perdre un segment de notre clientèle, par exemple
les femmes de 24 à 30 ans, aussitôt des stratégies
sont adoptées pour récupérer cette part d’auditoire.
Qu’en est-il des autres types
de sondages?
J.C.
: Avant toute chose, ce qui est primordial pour une station de
radio, c’est le choix musical! On doit offrir la meilleure
sélection possible à nos auditeurs. Pour ce faire,
on analyse les statistiques de plusieurs décomptes très
importants. On regarde les grandes tendances mondiales. On mesure
le taux de saturation des pièces, l’appréciation
globale de notre clientèle. L’expérience,
doublée d’une bonne analyse statistique, permet de
savoir quand il faut faire jouer une pièce plus souvent,
comme quand il est temps de la retirer des ondes.
Les sondages permettent également
de vérifier la popularité de nos animateurs. Lorsqu’on
choisit de syntoniser une station de radio, le style musical est
important, mais aussi la personne qui parle. La personne ou les
personnes qui animent une émission doivent savoir plaire
à leur auditoire. Si l’on s’aperçoit
qu’un animateur n’a plus la faveur du public et que
l’on perd des auditeurs, il se peut que l’on doive
envisager une réorganisation de l’équipe qui
travaille à cette émission. L’inverse est
aussi vrai : si la personne plaît énormément
aux auditeurs, on va essayer de la garder dans l’équipe
le plus longtemps possible!
Est-ce qu’il y a d’autres
raisons pour que les sondages soient si importants?
J.C.
: Oui, la publicité! Nous nous servons des sondages pour
fixer notre grille tarifaire qui, par la suite, servira à
la vente de l’espace publicitaire. Dans les faits, on utilise
les sondages de l’automne et du printemps pour faire nos
calculs, même s’il y a trois fenêtres de sondage
par année. Il reste que le sondage d’automne est
le plus important des trois, puisqu’il est en début
d’année fiscale : il donne l’air d’aller
à notre année, quoi!
Les cotes d’écoute
déterminent les tarifs que doit payer chacun des annonceurs
afin de diffuser sa publicité. Plus une émission
est populaire, plus la seconde publicitaire de cette émission
est dispendieuse. Dans le domaine de la radio, si tu te maintiens
parmi les cinq stations les plus écoutées, tu deviens
presque inévitablement un incontournable pour les annonceurs.
Ces derniers, lorsqu’ils lancent des campagnes nationales,
sont prêts à payer un certain prix pour que leur
publicité soit diffusée aux heures de grande écoute.
Ta popularité t’amène nécessairement
des clients!
Qu’est-ce que vous changez
en période de sondage par rapport à ce que vous
faites habituellement?
J.C.
: En période de sondage, « on met le paquet »,
si je peux m’exprimer ainsi. Lors des sondages de l’automne
et du printemps, on établit toujours des stratégies
qui visent d’abord à attirer de nouveaux auditeurs,
ainsi qu’à maximiser la satisfaction de notre clientèle
la plus fidèle. Pour ce faire, on essaie d’inviter
les vedettes de l’heure. On va s’associer à
des spectacles ou manifestations d’envergure. Souvent, on
lance des concours avec recherche d’indices afin de forcer
les gens à nous écouter. On va également
multiplier les promotions. Bref, on essaie d’être
aussi attirants que possible pour qu’il y ait le plus grand
nombre possible de personnes qui nous écoutent. Les périodes
de sondage sont comme les Jeux olympiques de la radio : chacun
y va de sa propre stratégie afin de gagner sa place sur
le podium!
En terminant, depuis votre création,
quelle émission est allée chercher la plus importante
cote d’écoute?
J.C.
: Nul doute que c’est l’émission Les grandes
gueules. Cette émission est tellement populaire que les
cotes d’écoute dépassent régulièrement
le million d’auditeurs. En 2002, les animateurs ont même
été les récipiendaires du Ruban d’or
dans la catégorie « Humour », et ce , pour
la troisième fois. Le Ruban d’or est un prix remis
annuellement par l’Association canadienne des radiodiffuseurs
(ACR) pour souligner l’excellence d’une émission.
Je pense qu’on vous a posé toutes les questions qu’on
voulait!
J.C.
: Avant de partir, aimeriez-vous faire le tour de nos studios?
Il y a justement une émission en ondes!
Ah oui! on aimerait bien!

15
h – On entre dans l’édifice de TVA sur le boulevard
De Maisonneuve.
M.C.
: Venez, ne restons pas dans le couloir, on va passer dans mon
bureau. Bon, vous devez commencer à en savoir pas mal sur
les sondages d’auditoire,
si
vous avez rencontré Robert et Johanne, mais je devrais
quand même être capable de vous apprendre quelques
particularités de l’univers de la télévision.
Est-ce que vous tirez vos renseignements
sur l’auditoire uniquement de Sondages BBM?
M.C.
: Oui et non. Oui, en ce qui concerne la mesure de l’auditoire;
nos données proviennent exclusivement de BBM. Et non, en
ce qui a trait aux habitudes de consommation ou aux styles de
vie des téléspectateurs. Il nous arrive fréquemment
de croiser les données de BBM avec celles d’autres
enquêtes importantes, dont celles du « Print Measurement
Bureau, PMB », qui mesure le comportement des consommateurs
canadiens depuis un peu plus de 25 ans. Ces croisements de données
permettent, par exemple, de savoir quel type d’émissions
écoutent les consommateurs de telle marque de boisson gazeuse
ou de telle sorte de chips! On peut faire cet exercice avec toute
la grille horaire afin de mieux connaître nos auditeurs.
Pour mesurer le taux de popularité de nos artistes, on
retient également les services de la firme de sondage CROP
pour mener des enquêtes auprès du grand public.
Quelle est la nécessité
de croiser des données?
M.C.
: Eh bien! L’un des buts d’un télédiffuseur
est de toujours accroître sa part de marché. Pour
ce faire, il faut recueillir le plus d’information possible
sur les gens qui nous écoutent afin de bien combler leur
attente télévisuelle!!! La grille horaire est conçue
à partir des résultats d’écoute, mais
aussi en fonction des habitudes de vie des gens. Je m’explique
: si je sais que, de 6 h à 9 h, il y a beaucoup de monde
qui écoute l’émission du matin et que les
hommes sont plus nombreux que les femmes de 6 h à 7 h et
que la majorité d’entre eux ont entre 25 ans et 55
ans, qu’ils sont des sportifs et qu’ils s’intéressent
à la Bourse, alors on va faire passer le chroniqueur financier
et celui de la mise en forme pendant cette tranche horaire. À
l’inverse, aux heures où les femmes sont plus nombreuses
à l’écoute, la programmation des émissions
diffusées va refléter leurs intérêts!
Voyez-vous, c’est en
croisant des données qu’on s’est également
aperçu qu’à présent, les gens se lèvent
et se couchent plus tôt. Le nombre de téléspectateurs
augmente tôt le matin et diminue beaucoup après 22
h 30. Il faut donc établir notre programmation en tenant
compte de ces changements importants.
Comment estimez-vous l’auditoire
cible que devrait atteindre chaque émission?
M.C.
: Généralement, on va essayer de comparer l’émission
avec une autre semblable, ou on va tout simplement se baser sur
des résultats antérieurs. On essaie d’estimer
la réalité le plus fidèlement possible, mais
on peut se tromper. On n’est pas infaillible! Surtout s’il
s’agit d’un nouveau concept d’émission
pour lequel il n’existe pas de comparable, la marge d’erreur
peut être plus grande.
Comme on vous l’a probablement
déjà mentionné, la vente de publicité
est tarifée selon l’estimation que l’on fait
du volume de l’auditoire. À la télévision,
comparativement à la radio, l’écoute varie
beaucoup d’une émission à l’autre. Les
gens aiment « zapper »! L’espace publicitaire
de chacune des émissions n’a pas toujours la même
valeur marchande; les tarifs fluctuent beaucoup d’une émission
à l’autre. Compte tenu que les ventes publicitaires
sont faites plusieurs mois avant la diffusion d’une émission,
on remet gratuitement du temps d’antenne à l’annonceur
si l’auditoire qu’on avait estimé est moins
important que prévu.
Concrètement, qu’est-ce
que la venue de l’audimètre portable va changer pour
vous?
M.C.
: Bien des choses! En ce moment, avec les cahiers d’écoute,
il y a trois fenêtres de sondage fixes par année.
Pendant les sondages majeurs de l’automne et du printemps,
on met à l’affiche ce que l’on nomme « nos gros canons », c’est-à-dire les émissions
qui sont susceptibles d’attirer le plus de téléspectateurs.
Toutes les stations de télévision font la même
chose. C’est la période où on lance également
nos concours. Si on utilise un jour, dans l’ensemble du
marché francophone du Québec, la technologie des
audimètres portables, il n’y aura plus de fenêtres
de sondage prédéfinies. Ce sera comme si on était
continuellement en sondage! Ça va nous forcer à
répartir les émissions à succès tout
au long de l’année au lieu de les concentrer durant
des périodes bien précises. Ce qui sera également
différent, c’est qu’avec l’audimètre
portable, on aura le meilleur des deux mondes, soit des données
à la fois quotidiennes et détaillées.
Pourquoi parlez-vous toujours des
sondages de l’automne et de celui du printemps, et jamais
de celui de l’été?
M.C.
: C’est très simple. L’été, les
gens sont en vacances. Il fait beau. Ils écoutent beaucoup
moins la télévision. De notre côté,
à part quelques émissions qu’on produit uniquement
pour la période estivale, notre programmation est moins
considérable. Donc, les données du sondage de l’été
ne reflétant pas l’écoute habituelle des téléspectateurs,
on ne les utilise pas pour prendre des décisions très
importantes.
Employez-vous des gens spécialisés
en statistique pour analyser les sondages?
M.C.
: On a un département de recherche qui emploie trois analystes.
Ces gens sont surtout spécialisés en administration
et en publicité, mais ils ont également acquis,
durant leur formation scolaire, une base en statistique. Il le
faut bien, puisqu‘ils traitent chaque jour les données
audimétriques.
Madame Comtois, j’ai une dernière petite question!
Lorsqu‘on consulte, dans le
journal, le Top 20 des émissions les plus regardées,
on constate que plusieurs sont diffusées à TVA.
Comment expliquez-vous cet état de fait?
M.C.
: On attribue cette popularité à notre concept rassembleur.
On essaie de faire de la télévision pour toute la
famille. Par exemple, lors des bulletins d’information,
le chef d’antenne ne lit pas les nouvelles, mais il raconte
l’actualité. Je pense que la culture d’entreprise
compte également pour beaucoup. Les gens qui travaillent
ici sont extrêmement fiers de faire partie de la grande
famille TVA. Tous les employés partagent une belle complicité
entre eux. On est tous sur un pied d’égalité
et je pense que cela transpire à l’écran.
Avec toute l’information qu’on a amassée depuis
le début de la matinée, je crois que je vais avoir
de quoi écrire deux articles! Je réalise que les
sondages sur l’écoute de la radio et de la télévision
sont très importants si on veut vous aider à faire
votre programmation.
En tout cas, si un jour je suis choisi pour participer à
un sondage, je vais faire ça sérieusement!
M.C.
: C’est tout à l’avantage des téléspectateurs!
Bon, on vous remercie d’avoir répondu si gentiment
à nos questions!
M.C.
Il n’y a pas de quoi! J’ai bien hâte de lire
votre texte!
16
h 55 – Terminus d’autocars de Montréal
Vite, Marion! Dépêche-toi, on va manquer l’autocar
de 17 h.
16
h 57 – On monte dans l’autocar tout essoufflés,
mais bien heureux de rentrer à la maison!!!