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OUIMET, Léo-Ernest
OUIMET,
Léo-Ernest, distributeur, exploitant, producteur, réalisateur (Saint-Martin-de-Laval,
1877- Montréal, 1972). Fils d'agriculteurs, il devient
électricien et prépare pour le théâtre National et le parc Sohmer
de Montréal d'ingénieux éclairages et trucages pour des spectacles.
Ce travail le met en contact avec divers projectionnistes ambulants.
Vers 1904, il achète un projecteur et présente lui-même des spectacles.
En janvier 1906, il ouvre le premier vrai cinéma de Montréal, le
Ouimetoscope. Le succès est phénoménal. De nombreux concurrents
l'imitent, mais c'est chez lui qu'ils doivent se
procurer films et appareils, car il est aussi devenu distributeur.
En 1907, il rase ce premier cinéma pour en construire un nouveau :
un des premiers vrais palaces de cinéma du monde. Toujours à l'avant-garde,
il se procure une caméra et se fait producteur dès l'automne
1906 en filmant, outre sa famille (Mes espérances en 1908,
1908, c. m.), l'actualité montréalaise : compétitions
sportives, assemblées politiques, célébrations religieuses et faits
divers sont projetés au Ouimetoscope et vendus aux autres exploitants.
Les plus connues de ces bandes d'actualités sont La chute
du pont de Québec (1907, c. m.), L'incendie de Trois-Rivières
(1908, c. m.) et Le congrès eucharistique de Montréal (1910,
c. m.). Son activité se heurte toutefois à deux obstacles :
l'autorité ecclésiastique, qui juge le cinéma immoral, et les
magnats du cinéma américain. Ces derniers fournissent presque tous
les films vus au Québec et Ouimet est forcé de leur vendre son commerce
de distribution en 1908. Il essaie de tenir tête au clergé et se
lance dans une lutte judiciaire qui durera des années. En effet,
ce n'est qu'en 1912 que la Cour suprême du Canada finit
par autoriser les spectacles de cinéma le dimanche au Québec. Pour
gagner sa cause, Ouimet s'est cependant ruiné.
En 1914, lorsqu'est démantelé le trust américain du cinéma,
il revient à la distribution en mettant sur pied Pathé Famous Feature
Film Syndicate of Quebec, qui deviendra, l'année suivante,
Speciality Film Import. La firme a des bureaux dans toutes les grandes
villes canadiennes et distribue les films Pathé. Ouimet y ajoute
des films d'actualités tournés par ses opérateurs : Inauguration
du pont de Québec (c. m.), Visite du maréchal Joffre
(c. m.), Explosion dans le port de Halifax (c. m.), etc.
En 1919, il présente de nouvelles actualités deux fois par semaine,
intercalant productions étrangères et actualités canadiennes tournées
par les opérateurs de la Speciality : Funérailles de Laurier
(c. m.), Visite du prince de Galles (c. m.), Construction
du barrage Gouin (c. m.), Procession de l'armistice
(c. m.) etc. Il produit également de nombreux films publicitaires
et trois documentaires-fictions tournés en 1918. Le premier, The
Call of Freedom (m. m.), montre la vie d'une recrue à l'entraînement.
Une intrigue faite de scènes de fiction relie les images filmées
dans des camps comme celui de Valcartier. Le deuxième, Le feu
qui brûle, est une comédie où se mêlent une intrigue policière
et des images prises lors d'interventions des pompiers montréalais.
Le film est présenté dans le cadre de la campagne annuelle de financement
de l'Association de bienfaisance des pompiers de Montréal,
organisme qui en avait commandité la production. Ce premier long
métrage québécois reste à l'affiche du Théâtre français
à Montréal pendant trois semaines. Quant au troisième film, Sauvons
nos bébés (m. m.), il est destiné à appuyer une campagne contre
la mortalité infantile. Un enfant d'une famille miséreuse y
retrouve la santé grâce à l'intervention d'une infirmière
dont les conseils d'hygiène apparaissent en intertitres.
En 1922, la concurrence est devenue si forte qu'Ouimet se
voit obligé de vendre Speciality à son rival le plus féroce, L.
L Nathanson, propriétaire de la maison de distribution Regal Films.
Au début de cette année il fonde une nouvelle compagnie, Laval Photoplays,
afin de produire des longs métrages de fiction. La compagnie est
incorporée au Canada et aux États-Unis. Ne croyant pas à la possibilité
de poursuivre de telles ambitions au Québec, avec son panache habituel,
il s'installe à Hollywood. Après maintes difficultés, il y
achève, vers la fin de 1923, Why Get Married ? (P. Caseneuve),
le seul film que produira Laval Photoplays. Ce long métrage sort
à Montréal en février 1924, distribué par Regal Films. L'intrigue
du film compare la vie de deux jeunes filles dont l'une trouve
le bonheur dans le mariage et la vie au foyer, tandis que l'autre
poursuit sa carrière, ce qui la mène au divorce. Le film n'obtient
pas le succès escompté. Ouimet, qui traverse une période difficile,
survit en s'occupant de distribution en Californie, puis à
Toronto. En 1933, il revient à Montréal, où l'on commence à
exploiter le film parlant français. Il collabore avec les Films
des Éditions Edouard Garand. Cette entreprise ayant été achetée
par France Film en 1934, Ouimet loue le cinéma Impérial pour y présenter
des films français et du théâtre. Il doit abandonner en 1936 lorsqu'un
incendie à l'Impérial fait deux victimes dont les parents le
poursuivent devant les tribunaux. Ruiné, Ouimet en est réduit à
user de ses relations politiques pour se trouver, en 1937, un emploi
de gérant dans une succursale de la Commission des liqueurs du Québec.
Il y travaillera jusqu'à ses quatre-vingts ans, en 1957. Il
continuera toujours à s'intéresser au cinéma, expérimentant
même, dans les années 40, un procédé de projection en relief pour
lequel il veut obtenir un brevet d'invention.
Ouimet est un homme hors du commun, un pionnier dans tous les domaines
de l'industrie cinématographique au Canada. Ses succès sont
le fruit de son esprit novateur, et ses revers sont dus à la concurrence
américaine et au peu de soutien des politiques nationales à l'égard
de la culture. De 1981 à 1994, l'AQCC remet un prix qui porte
son nom au réalisateur du meilleur long métrage québécois, le prix
L.-E.-Ouimet-Molson. La conquête du grand écran (A. Gladu,
1966) reconstitue sa carrière au cinéma.
Source : Le dictionnaire du cinéma québécois, Les Éditions
du Boréal, 1999
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